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Michel Bruneau

Michel Bruneau, chef cuisinier chez la Mère Poulard
par Pascal Baudoin - Amabilia.com -

Michel Bruneau vient de rejoindre le Mont Saint-Michel. Aux fourneaux de la célèbre Mère Poulard.

Ils sont venus, ils sont tous là. Une photographie, une dédicace, un cadre accroché au mur. Yves Saint-Laurent qui semble toiser Inès de la Fressange. Le premier a laissé un message: "Tout homme d'amour est un homme de douleur". La seconde a griffonné une silhouette fluide; la sienne probablement. De son trait noir, Bernard Buffet a surligné une poêle. "Quoi de plus merveilleux


que le Mont en hiver", s'interroge Jean-Pierre Marielle. Nelson Rockfeller aurait pu partager la table de Gorbatchev et Maurice Chevalier celle de Trotsky. Le roi Edouard VII a largement précédé la dame de fer, Maggie. Léo Ferré qui a vécu pas très loin sur l'île de l'anse Duguesclin est sûrement passé en voisin; il aurait pu déjeuner à la table de Rita Hayworth.
Tous ont mangé ici, sur le Mont Saint-Michel. Chez la Mère Poulard. Un monument d'histoire. Une omelette passée à la postérité. Quel parcours pour une femme qui n'a jamais quitté son caillou, cerné par des sables facétieux et des marées d'une incroyable amplitude! La légende affirme que la mer remonte à la vitesse du galop d'un cheval. C'est beau mais c'est faux. Et quelle importance?
Le Mont, c'est mille spectacles. Une magie incroyable quand le bleu et le rouge, filtrés par les brumes, s'associent pour ciseler ce profil singulier comme une incongruité dans la baie entre bleu et vert, entre flots et prés salés, entre la Bretagne et la Normandie.

Le goût du challenge

"Ah, non!", s'insurge Michel Bruneau. "Le Mont est normand". Il y a peu encore, le chef tenait les fourneaux de La Bourride à Caen. Peu de couverts mais une très belle table, une cuisine inventive saluée par deux macarons au Michelin, trois étoiles au Bottin Gourmand.
Normand, né par hasard à Paris, Michel Bruneau voulait rester dans son fief. Le terroir de la crème fraîche, de l'andouille, du poiré et du calvados. Bref, ce n'est pas un hasard s'il est aujourd'hui sur le Mont-Saint-Michel. D'abord, il conseillait le propriétaire de la mère Poulard, Eric Vannier, un industriel qui a considérablement développé la marque autour de la figure de proue du Mont. Ensuite, il est Normand. Enfin, après vingt-et-un ans passé dans le même restaurant caennais, il lui semblait avoir fait le tour de la question. Le mot-clé de la raison, c'est "challenge". Le mot-clé de la passion, c'est "made in Normandie".
L'homme a du caractère. A 15 ans, après l'école hôtelière, il fugue. Part dans l'Ardèche - en mobylette - rejoindre une dame, une cuisinière, qu'il a connu quand il était en "colo". Trois jours de trajets et une escapade de quatre jours. La cuisinière a prévenu les parents inquiets contre une promesse: ne pas engueulez le rejeton qui voulait simplement faire son métier, cuisiner.
Va suivre un tour de France (la Bretagne, le Midi, Paris, la Normandie) et un bref passage dans une cuisine collective. Pour (re)séduire Françoise jugeant qu'elle avait épousé une ombre, un courant d'air, un mec qui bossait de 7 h à minuit. Dans l'institut médico-psychologique, à 15 km de Caen, il n'a rien appris en gastronomie ("sauf ouvrir des boîtes de conserves") mais compris le message de la cuisine et son intérêt pédagogique.
Finalement, le couple va reprendre l'affaire familiale. Ses parents, fatigués, étaient un peu les bougnats du village. L'échoppe deviendra la première Bourride (de 1972 à 1982). Et curieusement, Françoise sera la muse de la seconde Bourride à Caen. "Ma femme a compris qu'il fallait un écrin à la cuisine, de la déco, de la vaisselle". Françoise sourit. Et glisse: "Il a vraiment eu de la chance que je m'intéresse aux vins". "Et aux cigares", ajoute-t-elle, pas mécontente de son effet.

Les têtes tombent

A une table, quatre Japonaises gloussent en voyant arriver l'omelette. La fameuse omelette mousseuse et ses secrets jalousement gardés. Dix-sept de Mont, quinze ans de maison, le serveur est imperturbable. Dans un anglais approximatif, il rassure les clientes: "C'est très léger".
L'omelette, c'est un tour de main. Le chef confesse quelques ratés et une pointe de jalousie pour le savoir-faire de Vanessa dont le père était déjà batteur à la Mère Poulard. Inutile de l'interroger. Avec humour, Vanessa affirme qu'on a tranché la tête de ses prédécesseurs trop bavards.
Françoise va poursuivre la tradition. C'est décidé, pendant les travaux de rénovation qui commencent, elle va décrocher les cadres. Pas tous. Mais trop, c'est trop.
"Un client de l'hôtel m'a dit récemment: Je préfère dormir avec ma femme qu'avec un musée de femmes célèbres. Fussent-elles très belles". Message reçu.

La Mère Poulard, 1, grande-rue, 50116 Le Mont-Saint-Michel. Tél. 02.33.89.68.68. Fax : 02.33.89.68.69.
http://www.mere-poulard.fr


 
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